Histoire : les grandes dates - Site officiel de la mairie de Villars Colmars

Histoire : les grandes dates

Article de M. Pierre BONNET

IMGUn des épisodes marquant le plus l’histoire de ce village est la sécession qu’il fit en 1791 avec Colmars-les-Alpes. Ce qui est aujourd’hui la Commune de Villars-Colmars, et qui était jusqu’à cette date un écart ou un hameau de Colmars. Il fallut des circonstances tragi-comiques pour en arriver là, mais peut-être, depuis longtemps régnait-il une certaine tension entre les deux agglomérations ?

Deux documents des Archives Communales de Colmars relatent cet événement.

Le premier est la copie d’une lettre datée du 27 Octobre 1790 adressée par le Maire (sans doute) aux administrateurs du département.

 » Messieurs, nous avons le cœur pénétré de la plus vive douleur de vous donner avis d’une émeute populaire arrivée le 25 courant et qui n’a été apaisée que le lendemain .

La communauté n’ayant fait qu’une très modique récolte, les habitants nous représentèrent qu’il fallait s’assurer du bled de la dixme. Nous comptions de faire rentrer dans un même magasin le bled des différents hameaux.

Le Hameau du Villar, qui a la meilleure qualité, ne voulut en aucune façon laisser sortir le bled pour être mêlé. Le peuple s’émeuta ou menaça de se porter à toute extrémité. « 

Naturellement cette affaire fut évoquée à l’Assemblée Administrative du Département (aujourd’hui le Conseil Général) qui par un arrêté du 8 Novembre envoya comme commissaire à Colmars les sieurs Arnaud de Puimoisson et Peyre de Mane.

« Les femmes du hameau du Villar avoient rempli les galeries de pierres pour les jeter sur ceux qui seroient assez hardis d’aller dans les rues pour enlever le bled. Toute la populace de la ville soulevée nous força à demander au Commandant des armes et des munitions et même deux pièces de canon et des boulets « .

Le 18 Novembre les commissaires qui s’étaient adjoint un sieur Roman comme secrétaire, se rendirent à l’Hôtel de Ville où le Conseil Municipal avait été réuni, sous la présidence du sieur Julien, Maire. Le même jour, les enquêteurs se rendent au Villard chez le sieur Pillafort, Officier Municipal, qui est en compagnie de quelques habitants du hameau.

Ils soutiennent tous que le Maire de Colmars avait non seulement refusé du blé à divers particuliers du hameau, mais encore qu’il avait fait remettre secrètement à divers particuliers de Colmars, et que le collecteur avait porté chez le Maire, par son ordre, deux charges du plus beau blé du Villard.

 » Il lui avait été ordonné d’en mettre en tas séparément encore quelques charges toujours du plus beau, que ce procédé ayant excité la méfiance des habitants du hameau, ils prirent le sieur Pillafort, Officier Municipal, de témoigner leurs inquiétudes au Maire « .

Mécochassentents les gens du hameau firent diverses propositions au Conseil. Ces propositions furent toutes rejetées, même lorsqu’elles eurent été réitérées le 24 Octobre par huit députés du Villard envoyés à Colmars.

Plusieurs habitants de Colmars accusèrent le Maire de les  » divertir  » et réclamèrent les deux charges qu’il détenait ; devant ces réclamations il les fit rapporter sur le champ.

Comme la population insistait pour qu’on apportât le blé du Villard et s’apprêtait même à aller le prendre de force, cette suggestion fut acceptée et le Maire partit avec huit membres de la municipalité. Étant arrivés au pont du torrent de la Chasse, ils le trouvèrent enlevé par les gens du Villard. Le Maire alors menaça de la main et leur cria :

 » Bou, Bou, demain il y aura du carnage ! ».

Le lendemain matin, 25 Octobre, les députés du Villard, voulurent se retirer par la Porte de France. Le nommé Bastéiron, qui  » était en sentinelle jetta son chapeau à terre au devant des députés ; il les coucha en joue et leur dit : qui brûleroit la cervelle au premier qui le dépasseroit « .

Le Maire se vit contraint d’adresser une réquisition au commandant de la Place,

 » pour avoir deux pièces de canons, l’attirail nécessaire et des munitions « .

Celui-ci refusa net les canons et dit avec fermeté à ceux qui le  » pressoit et le menaçoit  » :

 » Messieurs, arrachés moi la vie, vous en êtes les maîtres, mais vous ne me ravirez pas l’honneur « .

villarsFinalement comme la populace menaçait, le Commandant se rendit à condition qu’on lui remettrait une déclaration qu’il avait été contraint à remettre les armes.

Cependant, les députés du Villard qui ne pouvaient toujours sortir de la place prièrent l’un des mutins d’interposer ses bons offices  » pour arrêter les malheurs qui menaçoient leur patrie « .

Le sieur Giraud accompagné du sieur Trotabas Officier Municipal se mit aussitôt en campagne. Il se rendit au Villard afin d’engager les habitants à ne pas s’opposer au transport du blé.

Ils le promirent et les deux envoyés commencèrent aussitôt à mesurer le blé et à l’ensacher.

Malgré cette conciliation, la bande armée de Colmars poursuivait l’exécution de ses desseins. Elle se mit en marche vers le Villard, commandée par le secrétaire-greffier Fabre et précédée du Maire  » qu’on fit marcher de force « .

Parvenue au bord du torrent, la troupe braqua les canons en direction du hameau, en  » tira un à poudre « , puis les chargea tous les deux  » à boulets « .   Le sieur Giraud, accourut au bruit, et fit l’impossible pour faire  » rétrograder  »   les gens armés, en les assurant qu’on allait procéder au transport du blé. Des mulets furent amenés et le blé transporté à Colmars  » Il se commit dans le hameau plusieurs actes de violence  »

L’un des députés envoyés au chef-lieu avait recouvré la liberté, arriva au Villard. Cependant que la troupe y était encore. S’étant pris de querelle avec un sergent de la Garde Nationale, il le menaça d’un coup de bâton, l’autre lui présenta sa baïonnette ; la partie était inégale celui-ci pris la fuite, mais tandis qu’il courrait le Sergent ordonna à huit hommes de faire feu sur lui, trois d’entre eux tirèrent, et il essuya deux coups de fusil qui le manquèrent.

villars2La servante de l’auberge, par la fenêtre se permit quelques plaintes sur l’enlèvement du blé. On prétend qu’elle lança une pierre, qui n’atteignit personne ; la réponse fut un coup de feu qui la manqua aussi.

La seule annonce de l’arrivée des commissaires du département a produit un effet salutaire dans tout le pays, le peuple a besoin  » d’être éclairé « .

Apparemment ces troubles n’eurent pas de suite judiciaire, mais ils n’en laissent pas moins des séquelles qui s’inscrivent aujourd’hui encore dans la carte administrative des Alpes de Haute Provence.

Les habitants du Villard, adressèrent au Directoire du Département une supplique tendant à être constitués en municipalité indépendante.

Quoiqu’il en fût, les choses se stabilisèrent peu à peu et les griefs, les ressentiments de la nouvelle Commune durent s’estomper, puis s’éteindre, puisqu’à son nom définitif, elle adjoignit Colmars : Villars-Colmars.

L’épisode tragi-comique de la guerre d’une journée était oublié !

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